Olympia réunit des tableaux issus de deux expositions : La vallée de l'étrange (Expression, Saint-Hyacinthe, 2025) et L'étrange ballet des étourneaux (Langage Plus, Alma, 2026). Ces deux corpus partagent une même source : des images de personnages générées par l'intelligence artificielle.
L'artiste Christian Messier y explore le phénomène de la « vallée de l'étrange » (uncanny valley), théorisé en 1970 par le roboticien japonais Masahiro Mori — un concept qui n'est pas sans rappeler l'inquiétante étrangeté décrite par Freud, dont il constitue en quelque sorte le pendant technologique. Il désigne le malaise ressenti devant une figure — robot ou toute autre représentation — dont la ressemblance avec l'humain est presque parfaite, mais où un détail trahit l'artifice. Messier capte ce trouble en peignant des personnages au rendu réaliste, dont l'expression, la posture ou le comportement, subtilement décalés, les rendent tour à tour monstrueux, antipathiques ou comiques.
Le titre Olympia renvoie à une poupée à l'apparence humaine dans le conte L'homme au sablede E.T.A. Hoffmann, que Freud cite dans son essai L'inquiétante étrangeté (Das Unheimliche) pour illustrer ce sentiment trouble où l'on ne sait plus distinguer le vivant de l'artificiel.
Plus qu'une réflexion, ces figures visent un effet direct sur le spectateur. Notre empathie, cet instinct qui capte spontanément les expressions d'autrui, y détecte quelque chose de suspect : un malaise surgit, parfois teinté de rire — un rire qui n'est pas sans rappeler celui que décrit Bergson dans son essai sur le rire, où le comique naît aussi d'un dérèglement du vivant. Ici, ce n'est pas la pensée qui est sollicitée, mais le ressenti.

